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La fameuse "transition énergétique" : hors sujet !

jeudi 19 janvier 2012, par Frédéric Boutet

A la veille des élections, il y a toujours des "ONG" pour tenter de récolter des nouveaux adhérents et de l’argent par des campagnes interpellatives accompagnant le processus d’accession au pouvoir. Cette année, pas moins de seize "organisations" emmenées par les grenellistes comme Greenpeace ont donné leur signature pour un texte creux qui s’intitule "Transition énergétique". Voyons ce qu’il y a dedans.

"Sept mesures clé pour engager la France dans la transition énergétique"

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  1. Instaurer une contribution climat énergie
  2. Adopter une loi de Sortie progressive et complète du nucléaire
  3. Mettre les collectivités au coeur de la transition énergétique
  4. Instaurer UNE obligation de rénovation thermique des bâtiments existants
  5. Développer un modèle agricole moins emetteur de GES
  6. S’engager sur un Schéma d’infrastructures de transport sobre en carbone et en énergie
  7. Planifier la lutte contre l’étalement urbain à l’echelle du bassin de vie

Résumé

Le langage technocratique qui décide à la place des citoyens est bien rôdé. Les salariés des ONG sont recrutés en bac+5 suivant leurs qualités à bien rentrer dans le moule de l’institution. Allons-nous ici reproduire ce langage mot pour mot : certainement pas. Il suffit de lire pour cela. Non ici, nous allons lire entre les lignes.

Rappel : la "convergence énergétique" est née à Lézan sur un déni de démocratie

Pour ceux qui ne le savent pas ou qui l’ont oublié de lire l’article [1], nous - nous, la coordination STOP NUCLEAIRE - étions prêt le 29 août 2011 à converger avec le slogan "arrêt immédiat du nucléaire civil et militaire". C’est ce slogan et pas les autres qu’avait choisi l’assemblée générale de Lézan à une majorité écrasante de voix. Mais ce vote a été annulé par manipulation de l’assemblée : soit disant, "Sortir du Nucléaire" ne pouvait pas converger avec ce slogan ! Parce que nous, nous pouvons converger avec des discours creux sans priorité ?

La transition énergétique : "surtout, pas de priorité"

C’est un simple inventaire : le CO2, le nucléaire, les transports, l’agriculture. Voilà ce qu’il faut faire si l’on veut être élu par le peuple qui est représenté par les ONG signataires. Qui est ce peuple ? Ben celui qui donne de l’argent. Par exemple si vous donnez au WWF, et bien vous vous sentirez tout de suite à l’aise avec le discours flou et mou de la transition énergétique.

Mais surtout, aucune priorité. Il n’y a pas de fil conducteur. C’est le consensus mou typique de l’absence de démocratie. Vous allez dire : c’est pas le but, c’est une boîte à idées. Ah. Mais alors, c’est une très mauvaise idée que de laisser le nucléaire dans une boîte à idées, au milieu des autres. On risque de l’oublier : au fait, la catastrophe nucléaire majeure est inévitable.

D’ailleurs, remarquons justement que la question du nucléaire arrive bien en deuxième position, après la taxe carbone que Sarkozy et les grennellistes voulaient instaurer. Rappelez-vous : le Grenelle de l’Environnement, c’était hier ! On a constaté que les actions de Greenpeace sur le nucléaire ont conduit à un échec total. Elles ont accompagné l’Etat nucléaire pour simplement écarter l’idée de fermer les vieux réacteurs pour raisons sanitaires [2]. Juste un détail.

Ici dans la "transition énergétique", la position accordée par les ONG à la catastrophe nucléaire sur notre sol, c’est la deuxième position, derrière le plan sur le climat. Cet ordre est la suite logique de la position de Greenpeace qui s’est installée à la table du Grenelle de Sarkozy. Résultat du Grenelle : le vide intersidéral. Encore et toujours un échec, les Français sont habitués. Greenpeace manifeste, fait des belles images, et puis l’Etat s’assoie dessus. L’EPR en est l’exemple typique.

Comment peut-on rédiger un plan pour notre siociété sans dire simplement : nucléaire, danger immédiat, arrêt immédiat ? C’est simple : il suffit d’accompagner le pouvoir. Le pouvoir veut aller là ? Et bien pas de problème : nous l’accompagnerons. C’est typique des gens qui n’ont aucune priorité. Il faut que le pouvoir puisse prendre ce qu’il a envie de prendre à n’importe quel moment. Il ne faut pas qu’il y ait un ordre. C’est le pouvoir qui décide, de l’ordre et du contenu. Si le climat est en premier, c’est un rappel pour dire que l’Etat a décidé que le nucléaire passe en second.


A propos de la contribution climat-énergie

Il est effarant de constater que les seize ONG signataires, emmenées par les salariés sur-diplômés de GP, du RAC, de WWF et de SDN, sont participationnistes. Elles aiment le pouvoir en place. Il leur fournit du fond, des informations sensibles, des places au Grenelles, des places aux processus administratifs, des jetons de présences dans les institutions : par exemple Greenpeace siège au HCTIN [3].

Alors voilà que, comme Jean-Marc Jancovici, le lobbyiste climatique polytechnique pronucléaire, ces ONG veulent en premier lieu refourguer la taxe carbone aux gens. Peu importe si c’est bien ou pas. Nous voulons mettre l’accent sur l’impossibilité de réaliser ceci sans un changement fondamental des systèmes décisionnaires, c’est-à-dire un changement institutionnel et surtout pas une alternance.

Car le Président Sarkozy a vraiment voulu la mettre en place, la taxe carbone ! Et pour cause : il y a tout un électorat de centre-droit qui y est sensible. Borloo - qualifié de centre-droit, je ne sais pas ce que cela veut dire mais bon, c’est pas la discussion ici - était en poste au Ministère de l’Industrie. C’était le bon moment de se mettre dans la poche tous ces écolos capitalistes du centre.

Mais la fédération des pêcheurs a dit : "nous ne paierons pas". La fédération des agriculteurs a dit "nous ne paierons pas". La fédération des transporteurs a dit "nous ne paierons pas". Le secteur de l’énergie a dit "hors de question de payer". Il ne restait plus que les particuliers, ce qui aurait été discriminatoire, selon une article de notre constitution. Et puis, pas très populaire finalement.

En fait, M. Sarkozy n’a tout simplement pas pu réaliser son rêve : instaurer une taxe carbone.

Parce qu’il n’en a pas les moyens. Il n’y a pas d’Etat. Il y a cent compagnies dans le monde.

Une alternance politique ne changerait rien du tout à la situation.

Le seul moyen de changer la donne, c’est un changement institutionnel qui empêche les preneurs de décision d’être la proie facile des grandes compagnies mondiales.

Le problème donc, c’est que les salariés des 16 ONG, elles roulent pour un salaire, qui tombe en grande partie parce que l’Etat le veut bien. Prenez le CLER par exemple, il est financé par l’ADEME en partie, c-a-d l’Etat. Dans ces conditions, il est totalement impossible de faire confiance à cet organisme pour défendre les intérêts du peuple français : on peut être sûr qu’il va s’asseoir à la table du Grenelle, même s’il a été précisé que les participants n’avaient pas le droit de considérer le nucléaire comme un problème environnemental. Ils y sont allés s’y asseoir.

Bref, il n’y a aucun espoir à voir la taxe carbone se réaliser parce que ces seize ONG la réclament en premier dans leur "transition énergétique". Puisqu’elles ne réclament pas non plus un changement institutionnel et ne posent pas clairement le véritable problème sur le devant de la scène : qui décide ?


A propos du nucléaire dans la "transition"

Alors ça commence comme cela, c’est une véritable pépite antinucléaire :

La catastrophe de Fukushima, toujours en cours, nous rappelle cette évidence : le nucléaire est une technologie dangereuse, un accident nucléaire est possible partout, y compris en France, et ses conséquences sont toujours dramatiques et inacceptables pour les populations qui les subissent.

Donc, le nucléaire c’est inacceptable pour les populations qui subissent les accidents. Pour les autres, c’est plutôt acceptable en fait. Regardez-nous en France, on est pas trop mal loti. C’est bientôt le printemps, la vie continue, les calculs politiciens et les guerres nous amusent beaucoup dans le show médiatique.

D’ailleurs, pour ceux qui ne subissent pas les "accidents" [4], et bien ils aimeraient bien gagner beaucoup d’argent et de pouvoir à leur tour.

Car ce qui est bien inaceptable pour eux, lisez la suite, ce sont bien les billevesées que le pouvoir impose aux Français sur le nucléaire ! C’est l’indépendance énergétique, la lutte contre le réchauffement climatique, et les emplois. Bref, s’il n’y a pas de catastrophe, c’est inacceptable parce que les transitionneurs sont empêchés d’avoir un emploi dans les énergies renouvelables ! Bref, au lieu de penser à la catastrophe, au lieu de penser à fermer les réacteurs, pensons à gagner de l’argent avec les renouvelables, c’est le pouvoir qui nous le dit. Le pouvoir nous y invite.

Puis on en arrive aux "propositions". Parce qu’un salarié d’ONG participationniste grenelliste, ça propose et puis ça obéit puisque la proposition a échoué, le pouvoir n’en a pas voulu.

Un engagement de sortie du nucléaire, sans renvoi à une concertation ou à un référendum après les élections

Mais qu’est-ce qu’ils sont méchants ces salariés sur-diplômés d’ONG grenellistes ! Ils leur faut un engagement sans limite temporelle ! Tremblez Areva, les salariés sont là ! Flageolez Progliozy, les salariés d’ONG vont vous couper le zizi... Dans trente ans. Peut-être. Un jour quoi. Il suffit qu’aujourd’hui que les candidats aux élections s’engagent quoi.

C’est LE discours creux des politiciens. Le discours creux, c’est un discours que chacun remplit avec ses propres idées. Comme cela, le plus grand nombre de gens sont contents du discours. Et celui qui l’a prononcé n’est tenu à rien puisque plusieurs interprétations contradictoires sont possibles.

En l’occurrence, on pourrait s’engager à fermer les réacteurs dans vingt ans. Il y a l’association negaWatt derrière ces propositions bien sûr. Les ingénieurs bac+5+8 font du tableur informatique à fond les manettes. Ca turbine dans les coulisses ! Pourquoi pas. Mais faudra voir un jour à mettre des priorités et prendre en compte les catastrophes majeures nucléaires dans les scénarios negaWatt. Pour l’instant, c’est une impossibilité mentale, un blocage neuronal. Intellectuellement parlant, un negaWatt n’est pas capable d’insérer un désastre nucléaire dans la vallée du Rhône dans son scénario énergétique. On repassera pour voir si cela évolue.

Il existe différents scénarios pour arrêter les réacteurs nucléaires. Ce n’est pas notre propos avec "Arrêt immédiat" de nous en occuper. Mais cela reste un sujet intéressant. Si le nucléaire est inacceptable, pour tout le monde comme pour "ceux qui subissent les accidents", et qu’il existe des scénarios courts, 3-5 ans, alors comment peut-on défendre des scénarios longs ?

Mentir au plus près de la vérité. C’est vraiment l’objectif de la fiche sur le nucléaire. La vérité c’est que danger immédiat, arrêt immédiat. La vérité c’est qu’en un an, le Japon va avoir arrêté ses 54 réacteurs nucléaires, et il est possible qu’ils ne redémarrent plus jamais ! Pendant ce temps, les salariés d’ONG grenellistes eux, ils veulent que les candidats s’engagent sur des positions floues et molles pour lesquelles il y a toujours une porte de sortie, une façon de détourner l’engangement !

C’est la preuve irréfutable que ces méthodes d’ONG grenellistes est un leurre.
Le pouvoir dit "merci".
Le lobby nucléaire dit "merci".
L’Etat dit "merci".
Anchois Auckland dit "grand merci".
Kikoale Caucescauzy dit "grand merci".


Conclusions

On peut continuer de donner de l’argent aux salariés sur-diplômés des ONG grenellistes qui font campagnes. Mais c’est pas comme cela qu’on va s’en sauver notre peau, c’est pas comme cela qu’on va éviter cette catastrophe nucléaire majeure pourtant inévitable. Pour sauver notre peau, il faut arrêter de se mentir à soi-même, arrêter de mentir aux autres.

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La transition énergétique oligarchique

Notes

[3Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur le Nucléaire

[4notez que ces salariés sur-diplômés d’ONG utilisent le vocabulaire mis à disposition par l’AIEA : s’il arrive une catastrophe, c’est un accident, c’est accidentel

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